Papakolea : la plage de sable vert olivine d'Hawaii, près de South Point
À la pointe sud de la Big Island d'Hawaii, au-delà des pâturages balayés par le vent qui s'étendent derrière Ka Lae, une petite baie entaille une falaise volcanique érodée et révèle une plage d'une couleur vert olive mat. Papakolea, plus connue sous le nom de Green Sand Beach ou Mahana Bay, doit sa teinte inhabituelle à l'olivine, un minéral volcanique qui se détache du cône de cendres qui se dresse derrière elle. C'est l'une des rares plages de sable vert reconnues dans le monde, et pour l'atteindre il faut encore emprunter une piste poussiéreuse et venteuse, ancien chemin de ranch. Peu de rivages concentrent autant de géologie sur un aussi court tronçon de côte.
L'olivine, le minéral à l'origine de la couleur
Le vert du sable provient de l'olivine, un silicate de magnésium et de fer qui cristallise en profondeur dans le magma basaltique, bien avant que celui-ci n'atteigne la surface. Lorsqu'une lave riche en olivine entre en éruption puis refroidit, le minéral reste emprisonné dans la roche volcanique sous forme de petits grains vitreux. Sous sa forme de qualité gemme, l'olivine est appelée péridot, et c'est ce même minéral qui donne à Papakolea sa couleur. La plupart des plages hawaïennes sont soit noires, formées de fragments de basalte et de verre volcanique, soit blanches, composées de débris de corail et de coquillages broyés par les vagues. Papakolea n'est ni l'une ni l'autre : c'est une concentration de cristaux d'olivine que le travail incessant des vagues a séparés des débris volcaniques environnants.
De près, le sable de Papakolea se révèle être un mélange plutôt qu'un dépôt minéral pur. Une poignée de sable laisse apparaître des grains d'olivine allant du vert bouteille profond au vert jaunâtre pâle, mêlés à des fragments plus sombres de basalte, de verre volcanique noir et parfois de petits morceaux blancs de corail apportés par la mer depuis d'autres portions du littoral. L'intensité de la couleur perçue à distance dépend de la quantité de matériau volcanique plus léger qui a été emportée par rapport à l'olivine, plus dense, ce qui explique pourquoi la teinte peut paraître plus ou moins vive selon l'endroit d'observation et l'activité récente de la houle.
Un cône de cendres nommé Puu Mahana
La baie repose au pied de Puu Mahana, un cône volcanique formé lors d'une éruption liée à l'activité du Mauna Loa dans cette partie de l'île. Lorsque le magma basaltique en ascension a rencontré la mer, cette rencontre a produit un cône littoral fait de couches de cendres, de scories et de fragments volcaniques, parmi lesquels des cristaux d'olivine remontés depuis les profondeurs du manteau terrestre avec la lave en éruption. Sur une très longue période, les vagues de l'océan ont attaqué la paroi exposée du cône, côté mer, jusqu'à finir par la percer, creusant la baie en forme d'amphithéâtre que les visiteurs découvrent aujourd'hui. Les falaises qui encerclent Papakolea constituent en somme une coupe transversale de cet ancien cône, dont les couches de cendres et de scories continuent visiblement de s'éroder dans l'eau.
Pourquoi le sable garde sa couleur
Papakolea reste verte grâce à un processus continu et dynamique, plutôt qu'à un dépôt figé de sable coloré. Lorsque les vagues frappent les falaises, elles libèrent de l'olivine en même temps que du verre volcanique et des cendres plus légers. L'olivine étant nettement plus dense que ces autres matériaux, les fragments plus légers sont emportés ou continuent de se broyer, tandis que les grains d'olivine, plus lourds, se déposent et s'accumulent sur la plage. Il en résulte un rivage où l'olivine représente une part bien plus importante du sable que si l'érosion se contentait de déverser sans tri la matière des falaises sur la plage. Cela signifie aussi que la plage n'est pas figée : l'érosion continue du cône alimente l'apport, et l'équilibre des couleurs peut légèrement varier selon les saisons et la force de la houle.
Ka Lae, le point le plus au sud des États-Unis
Papakolea se trouve tout près de Ka Lae, plus communément appelée South Point, le point le plus méridional de la Big Island et de l'ensemble des cinquante États américains. Ka Lae occupe une place importante dans l'histoire hawaïenne et serait l'un des premiers points d'arrivée des navigateurs polynésiens venus s'installer sur les îles après avoir traversé l'océan en pirogue. D'anciens trous d'amarrage taillés dans la roche le long de la pointe sont encore visibles ; ils auraient servi à fixer les pirogues face au courant puissant et au vent quasi constant qui balaient ce coin exposé de l'île. Ce même courant et ce même vent font aujourd'hui de South Point un site de pêche et un lieu culturel important, même si de plus en plus de visiteurs s'y rendent désormais pour rejoindre la plage de sable vert toute proche.
Les terres autour de Ka Lae sont en grande partie des pâturages ouverts, parsemés de bétail en pâture et de petites cabanes de pêcheurs perchées près du bord des falaises, offrant un paysage bien différent des côtes touristiques du reste de la Big Island. Une large part de ces terres relève des Hawaiian Home Lands et de la gestion du comté ; les visiteurs sont invités à rester sur les chemins établis, à respecter les sites culturels délimités et à ne pas perturber les zones de pêche du littoral encore utilisées par des familles locales. Le simple trajet le long de South Point Road, qui serpente sur plusieurs kilomètres à travers ce paysage exposé et dépourvu d'arbres, est souvent décrit comme faisant partie intégrante de l'expérience, bien avant que le sable vert n'apparaisse enfin.
La randonnée jusqu'à la plage
Rejoindre Papakolea demande un certain effort. Les visiteurs quittent la route principale pour emprunter South Point Road en direction de la côte, puis poursuivent à pied sur une piste en terre accidentée qui s'étend sur environ quatre kilomètres à travers un terrain herbeux et dégagé, pratiquement sans ombre. Le vent peut y souffler sans relâche et le soleil y est intense, si bien qu'il vaut mieux partir muni d'eau, d'une protection solaire et de chaussures solides. Certains conducteurs locaux proposent, contre paiement, de faire une partie du trajet en pick-up, mais les voyageurs doivent bien évaluer le caractère informel de cette pratique avant d'y recourir. Vers la fin du parcours, le sentier descend une pente raide et érodée jusque dans la baie elle-même, où le sable vert apparaît enfin, contrastant avec les parois sombres des falaises.
Baignade et sécurité à Papakolea
La crique offre un certain abri par rapport à la houle du large qui frappe le reste de South Point, mais les conditions à l'intérieur de la baie peuvent tout de même changer rapidement, et aucun maître-nageur n'y est présent. Les courants peuvent être forts, en particulier lorsque la houle se renforce, et le fond marin près des falaises comporte des roches affleurantes qui imposent de la prudence à l'entrée comme à la sortie de l'eau. Les journées d'été calmes offrent généralement les conditions de baignade les plus sûres, mais les visiteurs devraient toujours évaluer l'état de la mer avant d'y entrer et éviter de nager seuls dans un endroit aussi isolé. Cet isolement, qui donne à Papakolea son caractère préservé, signifie aussi qu'aucun secours n'est disponible rapidement en cas de problème.
Sur la carte
Papakolea illustre de façon frappante comment une seule formation volcanique peut façonner la couleur d'une plage, son niveau de sécurité et l'effort requis pour l'atteindre. Pour voir précisément où se situent South Point et Papakolea par rapport au reste du littoral de la Big Island, et pour découvrir d'autres plages singulières à travers le monde, ouvrez la carte interactive sur beachworldmap.com et zoomez sur le rivage sud d'Hawaii.